Histoire d'une scission communale
Zoom sur la vallée > Le Vaulmier

Comme il a été dit dans l'article de présentation, LE VAULMIER faisait partie autrefois de la paroisse de SAINT-VINCENT.
Tous les détails de la séparation des deux communes sont relatés dans l'article de M. Jack ROGER paru dans la "revue des Amis de Saint Vincent" :
Le 23 novembre 1831 se déroula à Saint Vincent, l’élection du conseil municipal de la commune. A cette époque, maire et adjoint étaient désignés par le préfet, et seuls les conseillers étaient élus.
Le procès-verbal de cette élection n’ignore rien des détails. Ainsi, ne peuvent être élus que les citoyens inscrits sur la liste des électeurs de la commune, et âgés de 25 ans au moins. « Au fur et à mesure que son nom est prononcé, chaque électeur se présente, reçoit de Monsieur le Président un bulletin ouvert, et prête le serment suivant : Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelleet aux lois du royaume. Puis il écrit, ou fait écrire son bulletin sur la table en avant du bureau, et le remet plié au président, qui le dépose dans la boîte destinée à cet usage.
Le nombre des votants fut de 97. (Il faut se rappeler qu’à cette époque, seuls votaient les hommes de plus de 21 ans). La liste des élus, et leur lieu de résidence, peut expliquer ce qui allait se passer dans les cinq années à venir.
Le maire, M. Georges Dolivier, habitait le hameau de Roche, et l’adjoint, notaire royal, Jean-Baptiste Lafarge résidait à Broussouze. Mais sur les dix autres élus, quatre habitaient Le Vaulmier, deux Lespinasse, et les hameaux du Bancharel, d’Orfaguet, de Gromont et du Meignal avaient un représentant. Donc, le bourg de St Vincent n’avait aucun élu !.
Le 27 avril 1832, Le Maire étant absent, l’adjoint fait voter cette requête : « Sa majesté Louis Philippe Premier, Roi des Français, est très respectueusement supplié par le conseil municipal de Saint-Vincent, d’érigeren chapelle vicariale l’église dite du Vaulmier pour le haut quartier de la Commune ».

De l’exposé des motifs, on ne peut s’empêcher d’extraire ce texte qui reproduit intégralement ( fautes d’orthographe et de français y comprises) :

« Le Vaulmier se trouve dans un endroit de passage très fréquenté, grand nombre de voyageur cy arrêtent le dimanche, pour y entendre la messe, tous les vachés et patres de 23 burons dépendant du Vaulmier peuvent y entendre la messe sans difficulté, ce qui leur serait impossible s’ils étaient obligés d’aller partout ailleurs... Une partie des familles se rendant à la première messe, ne pourront être de retour pour envoyer les surplus de la famille à la seconde, ce qui necessiterait alors de fermer leur maison, les abandonner et les exposer à toute espèce de danger indépendement de l'abandon des enfants de bas age »
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A cette époque, le quartier haut représentait une population de 750 âmes !

En fait, depuis 1830, l’Evêque avait nommé au Vaulmier un vicaire, l’abbé Lacombe, et les habitants de la section du haut avaient entrepris de «faire à leur église non seulement un mettre autel, mais encore une infinité de réparations urgentes pour la célébration du culte, achat d’une cantité d’ornement et pourvoir au traitement et logement du siegeant et construire et murer un cimetière et une sacristie pour serrer les vases sacrés et un clocher par lequel on a suspendu par des poutres travaillées les cloches ». Tout ceci pour la somme de 500 Francs.

Le conseil du 6 septembre 1832 décide à la majorité absolue de faire supporter à l’ensemble des contribuables de la commune cette dépense, chaque quartier en assumant la moitié. Les plus fort imposés de Saint-Vincent se retirèrent, sans vouloir signer la délibération.

On se trouve dans une situation propre à générer des conflits. En effet, le conseil municipal est composé à majorité de membres de quartier du Vaulmier,mais quand il faut décider des dépenses de la commune, lui sont adjoints les « plus fort imposés », et la majorité se retourne !. Faut-il rappeler que la séparation de l’église et de l’état est loin d’être réalisée, et que la commune doit une allocation au servant du culte, le loger, et lui fournir un jardin. Et Saint-Vincent se trouve ainsi avec deux paroisses, deux vicaires, et deux presbytères à entretenir.

Le 8 septembre 1833 est admis le fait que les habitants du Vaulmier soient affranchis de toutes les contributions concernant la paroisse de Saint-Vincent. Puis le 10 mars 1834, un début de séparation administrative se fait jour, avec la nomination de l’adjoint, M. Lafarge notaire à Broussouze comme officier de l’état civil pour la section haute. Et en conséquence, le 10 mai 1834, un arrêté du Préfet fixe les limites des deux sections (qui sont celles actuelles des deux communes) en essayant d’égaliser le nombre des habitants (721 pour la section basse dite de Saint-Vincent et 715 pour celle haute dite du Vaulmier).

Le conseil municipal est ensuite remanié, sur consigne du préfet, qui prescrit qu’un tirage au sort désigne la section qui aura sept conseillers, l’autre n’en ayant que six. Le 30 novembre 1834, la section basse, celle de Saint-Vincent, a le malheur de perdre ce tirage au sort.

La séance du 9 septembre 1836, devait consommer la rupture définitive. Un membre ayant exposé « qu’il serait bien temps et bien à propos de faire cesser l’état affligeant de discordance et de désunion qui règne depuis si longtemps entre les deux sections », le Conseil décidait par 7 voix contre 4, de la scission entre les deux sections, pour en faire deux communes séparées.

Bien que les conseillers de la section du Bas se soient prononcés en plusieurs occasions contre cette décision, ceux du Haut la confirmèrent. Il fallut toutefois attendre le 7 mai 1839 pour que la scission soit réalisée, et que la commune de Saint-Vincent telle que nous la connaissons aujourd’hui, élise son premier conseil, dont Jean Baptiste Du Fayet de Le Tour fut le Maire.