L'ancienne église du Falgoux
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L’église paroissiale du Falgoux fut, tout au long du XIXème siècle, l’objet de restaurations, modifications et améliorations.

De nombreuses délibérations du conseil municipal et du conseil de fabrique font état de l’attention dont elle était le soin de la part de la communauté d’habitants et des paroissiens.

Les restaurations n’empêcheront pas la dégradation de cette église obligeant à construire une nouvelle église et à détruire l’ancienne qui avait été le témoin de la vie des Fougouniers depuis la création de la paroisse au moyen-âge.

Le Falgoux n’a fait que suivre la tendance nationale du XIXème siècle de construire de nouveaux lieux de cultes : 25 % des églises actuelles ont été construite en France au siècle dernier. Dans le Cantal, l’abbé ROUCHY a estimé qu’il y eut 36 églises « complètement reconstruites durant la période 1875 – 1905.


L'ancienne église et ses restaurations

Nous avons plusieurs sources d’informations concernant l’histoire de cette ancienne église (parfois, certaines dates varient quelque peu) :

  • Article de JP VERGER qui s’est inspiré entre autres des délibérations du conseil municipal et du conseil de fabrique.

  • Monographie réalisée par l’Abbé ROUCHON, curé desservant de 1910 à 1938.

  • Etude réalisée par Monsieur Anthony CHAMBON lors du centenaire de l’église.

  • Article de Madame REYMOND-AURIACOMBE sur la visite épiscopale en mars 1652.

  • Livre de Monsieur Pierre MOULIER : Frédéric de Marguerye, un Evèque archéologue dans le Cantal (1837-1852) : Visite de l’évêque en mai 1841.

Peu de documents concernant sa datation. On considère par tradition que l’église primitive s’élevait sur le site de Neyrestang et que son transfert au bourg a eu lieu au XIIème siècle.
Celle-ci, qui était un prieuré dépendant initialement de l’Evêque de Clermont, fut donnée en 1131 (Hugues de Neyrestang en était le prieur) aux bénédictins de Mauriac.

C’était tout d’abord une église restreinte au chœur et à l’abside. Elle eu ensuite des prolongements successifs qui constituèrent la nef avec ses chapelles latérales. Les dates de ces modifications ne sont pas connues.
(Source : De Ribier « les paroisses de l’archipreté de Mauriac »)

Dans la première moitié du XIXème siècle, on trouvait à l’intérieur un chœur entouré de stalles (10 à droite et 11 à gauche), 4 chapelles (la chapelle Notre-Dame, la chapelle Saint Barthélémy, la chapelle de monsieur le curé et la chapelle de Léger).
Les fonds baptismaux étaient près de l’escalier montant à la tribune (Source : registre de location des chaises et bancs de la fabrique).
Orienté Est-Ouest, le porche était largement couvert et, durant l’ancien régime, les décisions communautaires étaient prises à cet endroit.

L’église était entourée du cimetière sur la partie Sud et Est. Au nord, se trouvait une petite place limitée par deux maisons aujourd’hui détruites.En 1809, sur la matrice cadastrale, elle correspond à la situation actuelle de la Mairie.

Son état, au début du XIXème siècle était certainement inquiétant bien qu’on n’ait retrouvé aucun document le prouvant avant 1824.
On sait, toutefois, de façon générale, que les églises ont souvent été mal entretenues durant le XVIIIème siècle.
De plus, la déchristianisation au cours de la Révolution n’a fait qu’accentuer ce délabrement. Désertées, les églises servaient souvent d’entrepôts ou de granges et l’on peut imaginer l’état désastreux dans lequel elles étaient lors de leur réouverture le 28 décembre 1799.

Bien que son clocher n’ait pas été démoli, probablement que des travaux furent réalisés à l’église du Falgoux après la promulgation du Concordat dans le Cantal (15 juillet 1801–29 avril 1802).

Les fabriques, pour « veiller à l’entretien et à la conservation des temples » furent instituées. Elles devaient financer, en association avec les communes, les travaux des édifices culturels (décret du 30 décembre 1809). Si le ressources étaient insuffisantes, l’Etat (Direction des Cultes) pouvait intervenir et contrôler.
Pendant tout le XIXème siècle, ce régime va fonctionner.

On ignore à quelle date fut nommé le premier conseil de fabrique au Falgoux, mais celui-ci fonctionnait en 1832. (voir article sur les conseils de fabrique).
Pendant la période napoléonienne, on peut supposer donc que des travaux furent exécutés pour restaurer l’église mais ils furent certainement insuffisants car en 1824, le conseil municipal constate que « la voute du chœur est lézardée et de laquelle il s’est déjà détaché des pierres ce qui compromet l’existence des fidèles et des ministres de la religion ». 

Un devis réalisé par Jean Chevalier, Maitre charpentier et Pierre Gromont, maçon, est accepté pour 3 200 F de travaux (1er mai 1824). Les grosses réparations urgentes sont réalisées.
Les années suivent, seules des améliorations ont été apportées : en 1832, on crépit et on blanchit l’intérieur de l’église et « il fut donné des couleurs à l’autel ».
Mais l’église est en mauvais état et c’est maintenant le clocher qui « menace tellement ruine qu’on ne peut pas sonner les cloches sans exposer le peuple et faire casser les cloches ». Aussi, le 9 mai 1833, la municipalité décide de « défendre au sonneur de ne pas branler les cloches » et propose de reconstruire le clocher.
Ce n’est que 10 mois plus tard, le 29 janvier 1834 que constatant à nouveau que « le clocher de cette église menace tellement ruine qu’il menace de s’écraser craignant que l’écrasement n’entraine le brisement de nos cloches et n’écrase quelque personne » la municipalité et ses conseillers « sont d’avis de faire descendre les cloches et de faire provisoirement un clocher en bois jusqu’à ce que la commune se soit procuré les fonds pour reconstruire le clocher ».

Par la même occasion, le conseil municipal autorise une coupe de bois pour fabriquer le clocher en bois.
Deux ans passent encore et le 15 juin 1836 le devis de M. Prax de Mauriac pour la reconstruction du clocher est finalement approuvé (source délibération municipale).
L’église aura donc un nouveau clocher pour l’année 1837. D’après De Ribier, il s’agit d’un clocher à peigne.
Une partie des travaux a été financée par les habitants de la commune qui voyagent à Paris (source registre délibérations de la Fabrique).

Pendant quelques années, l’état de l’église n’entrainera pas de grandes inquiétudes au contraire du presbytère. On s’efforcera alors d'améliorer l’aménagement intérieur grâce aux dons des « bienfaiteurs », émigrants temporaires, « jeunes gens et hommes mariés de la commune résidant à Paris ».

En 1840, le lambris de l’autel est refait. On améliore la chapelle du Rosaire et on refait les dorures et les peintures en 1841. Surtout deux sont rajoutées dans le clocher en 1842.
La petite cloche est payée par la fabrique et son parrain est Jean Bergeron du Meynial, sa femme née Vidal est la marraine. La grande cloche, achetée par souscription, a comme parrain Jean Chaumeil du Coin et sa femme née Ribes est la marraine. Ces baptêmes font l’objet de fêtes qui vont endetter la fabrique.(Voir article détaillé sur les cloches de l’église du Falgoux).

Vous trouverez dans le document ci-dessous la liste des "bienfaiteurs parisiens" qui ont participé à l'embellissementde l'église en 1842. Ce document est extrait du registre du Conseil de fabrique.

Accéder au document

Enfin en 1846, un chemin de croix offert par un des parisiens est érigé dans l’église après la bénédiction de Jean Lamouroux, vicaire de Salers.

Mais l’état du clocher devient de nouveau préoccupant. En 1851, des réparations imprévues y sont faites pour 280 Francs.En 1858 et 1859, on reconstruit le mur du clocher et on remplace le clocher à peigne par un clocher à 4 pans.
Au même moment, la petite cloche est envoyée à Paris pour y être refondue.

Grâce aux dons de la fabrique, on continue à agrémenter l’intérieur de l’église et à acheter des ornements (table de communion, lutrin, graduel, missel, fontaine pour la sacristie).
L’ensemble de ces informations ont été trouvées dans les différentes délibérations municipales et/ou du conseil de fabrique.

Une autre source, fort intéressante, est la monographie écrite par l’abbé Rouchon, curé desservant de 1910 à 1938, qui nous a laissé une description de l’ancienne église :

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Cette église, qui remontait au XIIème siècle, était là sur une proéminence, à l’endroit de la vallée le plus central et le plus en vue. Elle ne fut d’abord, qu’un petit oratoire restreint au chœur et à l’abside, puis elle subit deuxprolongements successifs qui constituèrent la nef avec chapelles latérales, à des époques qu’il est impossible de préciser, enfin le clocher à peigne fut bâti en 1831 et remplacé trente ans plus tard par un autre à quatre eaux, sous le ministère de l’abbé Lestrade desservant.
Extérieurement, elle était bâtie en pierres taillées, couverte d’une large toiture en tuiles du pays et terminée à l’ouest par une tour rectangulaire qui servait de clocher et qui l’abritait contre la pluie.
A l’intérieur, le chœur vouté, terminé en abside était éclairé par deux fenêtres qui ne se correspondaient pas. A droite, celle du midi éclairait vivement le retable dont quelques débris se sont éparpillés dans la nouvelle église.

Ci-contre, photo Archives du Cantal : le choeur de l'ancienne église. C'est la seule photo existant de l'intérieur de l'ancienne église.

En face de la croisée du nord se trouvait la sacristie garnie tout autour de placards et meublée du vestiaire qui subsiste encore. La nef, simplement lambrisée s’élargissait après les deux premières chapelles latérales et se terminait sous le clocher. Seules, les chapelles du nord, moins profondes que leurs correspondantes, possédaient une voûte avec des nervures et des arcs ogivaux. La porte, reste de l’oratoire primitif, se faisait remarquer par des moulures. Elle était du côté sud sous le clocher.A gauche, en entrant, se trouvait l’escalier de la tribune, garnie de bancs en amphithéâtre. De là, par un deuxième escalier, dissimulé par un tambour en planches, on parvenait au beffroi où se trouvaient les 4 cloches que possède la nouvelle église.

Malgré ses irrégularités, l’ancienne église semblait belle et suffisante pour la population.
Ses cinq autels, vieux ou récents, de style varié, avec leurs colonnes torses, garnis de statues de la Sainte Vierge, de St Joseph, de St Germain d’Auxerre, de St Antoine, de St Sébastien, de Notre Dame de Lourdes, des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, chargés de vases et de candélabres inspiraient la piété.
Aussi bien, l’ancienne église était aimée et fréquentée.

Remarques :
En 1781, l’ancienne église fut « douellée » (1) et couverte en tuiles du pays. Les paroissiens étaient si heureux de cette réparation qu’ils allaient eux-mêmes extraire à la Roche Battalière de larges tuiles qu’ils portaient sur les épaules. La façon de la douelle (1) coûta 31 livres et 10 sols (archives paroissiales).
(1) Terme d'architecture. La douelle est la partie inférieure d’une voûte de pont en maçonnerie. Elle est constituée de moellons taillés en forme de voussoirs.

L’ancienne église était orientée de l’est à l’ouest. Elle occupait précisément le milieu de la place située actuellement entre les maisons Gaillard, Lacan, Roumy, Vizet et Escure.

Je remercie Madame Pascale Moulier, archiviste du diocèse de St Flour, pour m’avoir fait parvenir cette monographie.

Le croquis ci-dessous a été réalisé par le peintre Théodore ROUSSEAU lors de sa visite dans la Vallée du Mars en 1830. Il représente l’église du Falgoux. (photo transmise par Anne-Marie Begeault)
On peut voir le clocher à peigne, et au premier plan, la lanterne des morts qui se situait dans le cimetière autour de l’ancienne église et qui a disparu. (voir l'article concernant cette lanterne des morts) :

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Les photographies de cette ancienne église sont très rares.
Vous trouverez ci-dessous deux photos qui représentent cette église avant sa destruction. Elles ne sont pas de très bonne qualité mais elles nous premettent d'avoir une idée de ce qu'elle pouvait être.

A gauche, une vue du bourg du Falgoux avant 1900.
On y devine l'ancienne église avec à ce moment là le clocher à 4 pans reconstruit en 1858/1859.
A droite, une photo prise vers 1888/1889 où l'on aperçoit au deuxième plan le clocher à 4 pans. (je remercie Anne-Marie BEGEAULT qui me l'a envoyée)
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