l'église de Saint-Vincent-de-Salers
Zoom sur la vallée > St Vincent de Salers

Découvrons cette petite église classée aux monuments historiques en 1930.

L’église de SAINT VINCENT était un prieuré, dédié à Saint Vincent (patron des vignerons) et, dépendant du monastère de Mauriac, attribué au diocèse de Clermont en 1317, réuni au diocèse de St Flour en 1790 et érigé en succursale en 1808.

C’est une construction lourde et massive qui a subi des transformations que l’on a du mal à dater.
C’est une œuvre romane, que la brisure à peine sensible de l’arc triomphal, permet de dater du dernier tiers du XIIème siècle.


plan d'une église romane

En rappel sur la photo ci-dessus  le plan d’une église romane pour vous aider à situer les différentes parties de l’église de Saint-Vincent.

A L’INTERIEUR DE l'EGLISE

Plusieurs campagnes de constructions sont visibles.

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Le chœur est la partie la plus ancienne.
Il est composé d’une abside polygonale à 3 pans, peu profonde, précédée d’une travée droite.
Un mur bahut d’environ 1,50 m renforce ces trois pans.
L’abside est éclairée par 3 fenêtres en plein cintre, très ébrasées, la voûte en cul-de-four est bâtie à l’aide d’un appareil moyen en assises régulières.

La croisée du transept
, voûtée en berceau plein cintre, est légèrement plus haute que le chœur. Elle est bordée par deux chapelles,peu importantes, d’époque moderne, tout comme la sacristie qui prolonge la chapelle méridionale. Chacune est éclairée par une fenêtre ébrasée.
La croisée du transept
ouvre largement sur la nef. Elle en est séparée par un arc doubleau qui repose sur deux colonnes aux bases moulurées et aux chapiteaux très simples mais caractéristiques des églises des environs de Mauriac : un cône renversé, coiffé d’un dais rectangulaire au-dessus d’un astragale formé d’une cordelette.
La nef unique est à trois travées et fait également partie d’une campagne de construction plus moderne. Elle est voûtée d’un berceau lisse surbaissé et bordée par deux chapelles.
La travée du Nord est datée à l’extérieur de l’année 1787. Une petite tribune en bois a été construite sur le revers de la façade Ouest au dessus de la porte. L’éclairage est assuré par deux fenêtres hautes latérales, par les chapelles ajourées ainsi que par une baie occidentale.


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Lors d’une vite épiscopale, en 1735, Massilon décrivait une voûte lambrisée qui existait encore en 1937 (d’après R. de Ribier "les paroisses del’archiprêtré de Mauriac", tome II édité en 1937).

Il n’en reste rien. 

En effet, avant les réparations de 1938, la voute était lambrisée, les travées et les colonnes étaient décorées comme on peut le voir sur la seule photo ancienne parvenue jusqu'à nous (Merci à Jack Roger).





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Une niche, munie d’un système de sécurité contre le vol, a été installée. Elle comprend le coffret reliquaire, un calice et un ostensoir.

Coffret reliquaire
En argent repoussé et en partie doré sur âme de bois améthystes-XIIIème siècle, il est classé monument historique le 21/10/1902.
Vieux de près de 8 siècles, le reliquaire de St Vincent possède une châsse en forme de maison sur pieds carrés. L’âme est en bois recouvert de lames d’argent décorées de losanges et de pointillés (voir description ci-dessous).

Le calice
C’était le vase sacré qui lors de la messe servait à la Consécration du vin.
Le calice dans cette église est en argent, poinçons de titre et garantie argent entre le 19 juin 1798 et le 31 août 1809.

L’ostensoir, en argent, fondu, ciselé, doré, émaux en faux cloisonné XIXème siècle.
Il était destiné à contenir en son centre l’hostie consacrée lors de l’adoration du Saint Sacrement.




Attardons nous sur la châsse visible sur les deux photos ci-dessus (une en noir et blanc issue de la photothèque des archives du Cantal et l'autre en couleur prise à l'intérieur de la niche) :

Sur la face principale, le Christ, la tête entourée de nimbe crucifère, élève de sa main droite la couronne royale. Il est en relief, assis, les pieds nus, la main gauche tenant ouvert sur ses genoux, le livre des Evangiles.
A droite et à gauche, un Evangéliste, debout, vêtu de la toge, les pieds chaussés.
Sur le toit, Saint Martin, à cheval, inscrit dans un cercle, partage son manteau avec un pauvre.
A droite, dans un même cercle, l’Agneau Pascal.
A gauche, une place vide où se trouvait sans doute Saint Jean.
A l’envers, et dans le compartiment du bas, un Evangéliste occupe une position semblable à celle des deux personnages entourant le Christ. Les places de droite et de gauche, jadis occupées sans doute, sont vides.
Dans le toit, entouré d’un cercle doré, les attributs des quatre Evangélistes. Les pignons rappellent, avec des personnages différents les types byzantins. Sur l’un, Saint Pierre, reconnaissable aux clefs qu’il tient et élève sur sa poitrine. Sur l’autre, un personnage imberbe relève sa tunique de la main gauche; la dextre (main droite) est ouverte, la paume en dehors.
Quatorze améthystes (variété violette de quartz) d’une teinte absolument parfaite, subsistent seules des quarante qui décoraient à l’origine ce joli reliquaire.
C’est dire combien il a eu à souffrir des injures du temps ! 

Il y a également un bénitier original avec représentation du diable.

On peut admirer également ci-dessous les fonds baptismaux et l’encensoir :


A L’EXTERIEUR DE L'EGLISE

Le porche et la porte en bois

La façade occidentale comme le porche qui la précède sont difficiles à dater. Toutefois, la porte en bois à double battants qui ouvre sur l’église présente des pentures en fer forgé, qui, bien que fort remaniées, font partie d’un ensemble que l’on trouve dans le Nord-Ouest du Cantal et l’Est de la Corrèze. Elles sont datées généralement de la fin du XIIème siècle ou du début du XIIIème siècle.
Elles présentent des petites têtes d’animaux à l’extrémité de volutes.

La nef est appareillée en assises régulières. Des contreforts renforcent les angles de la façade occidentale, de chaque côté du porche.


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Les piédroits du portail sont décorés de curieux motifs sculptés en relief.
On peut y voir un cordage circulaire autour d’un bouton, peut-être une roue solaire, et une forme ovale, avec des yeux pouvant représenter une chouette très stylisée.
Il semble qu’une colonne avec une base et une volute pour chapiteau soit sculptée sous cet « animal ».
On peut dire que les reliefs ne sont pas de la même époque que les pentures mais de celle de la construction de la façade.



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De même, le clocher, moderne, au dessus de la croisée du transept, est fortement étayé par de gros contreforts entre lesquels les chapelles de la croisée du transept ont pris place. Ces parties appartiennent à une seconde période d’aménagement moderne.

Le clocher carré est à cheval sur le chœur.
Le chevet correspond à la campagne de construction du XIIème siècle.
L’abside est à 7 pans comme à Lanobre. Elle est appareillée de moellons rectangulaires en assises régulières, trois fenêtres sont ouvertes au Nord, à l’Est et au Sud.
Le toit est en lauzes comme le reste de l’édifice.


La corniche du chevet est décorée à l’arête par une torsade et supportée par une série de modillons.
Ils représentent des personnages lascifs et immoraux
comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessous :



Cette église n’est pas dépourvue d’intérêt pour l’historien d’art, car elle reprend les éléments typiques de la région :

  • Le chevet à pans, comme à Lanobre
  • Le cordage sur les bases des colonnes et sur la corniche
  • Les châpitaux souvent appelés de type « Mauriac »
  • Les corbeaux aux thèmes profanes.On peut penser que l’église de Saint-Vincent est un maillon dans l’histoire de l’architecture et de la sculpture du Nord-Ouestdu Cantal par tous ces éléments communs, mais elle a un charme et des particularités bien à elle

Mais elle pose aussi l’énigme du plan de la construction antérieure au XIIème siècle par les niches de croisée du transept.

Toutes ces informations ont été issues de différentes sources :

  • "R. de Ribier "les paroisses de l’archiprêtré de Mauriac"
  • -
  • Chalvet de Rochemonteix «les églises romanes de la Haute-Auvergne»

Les photos en noir et blanc sont issues de la photothèque des archives départementales du Cantal.


Nous aurons l’occasion d’aborder dans un autre article les différentes statues présentes dans l’église.

Les vitraux

Les anciens vitraux de l’église de Saint-Vincent étaient un mystère à ce jour résolu.
En effet, sur les vitraux actuels, on peut lire « THOMAS 1966 ».

Vitraux de St-Vincent

Après renseignements pris, effectivement, les anciens vitraux endommagés ont été changés en 1966.
Compte-tenu de l’ancienneté de l’église (12 et 16ème siècle), nos recherches concernant les anciens vitraux étaient restées vaines.
Ce monument étant classé « monument historique » en 1930, nous nous sommes rapprochés du Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine à Aurillac.
Il n’existe pas de photo, malheureusement, par contre un courrier entre l’architecte de Mauriac et l’architecte en chef des Monuments Historiques à Paris nous décrit succinctement ces anciens vitraux :

« M. le curé de St Vincent a conduit chez moi M. THOMAS, Maitre Verrier à Valence (Drôme). Il désire faire des vitraux dans l’église paroissiale, édifice classé Monument Historique.
Les verrières actuelles sont au neuf dixième détruites. Elles étaient composées de simple verre à vitre de module varié.
Il s’agit d’un sanctuaire roman très dépouillé, très simple témoignage vraiment intéressant d’un type d’architecture modeste en Haute-Auvergne. Les parois ont été décapées de manière point trop outrancières, voici environ 12 ans. Elles sont composées de pierres de taille assisées, extraites d’une sorte de TUF gris roux avec des rognons noirâtres. Cela donne une agréable coloration générale intérieure, de teinte fauve assez foncée.
La proportion des ouvertures est faible par rapport au volume de l’édifice.
Il y a donc l’ambiance que vous connaissez bien dans ce type d’église...

M. THOMAS m’a proposé en accord avec le desservant d’étudier des mosaïques simples, mais cependant plus recherchées qu’un simple jeu de losanges…. »


Le devis de M. THOMAS, Maître Verrier, pour la réalisation et la pose de ces nouveaux vitraux s’élevait à 4 606,03 Francs en 1966.