La maison du bois de la Douge au Falgoux
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Nous vous transmettons ci-après l’histoire de la maison de la DOUGE au FALGOUX.
Un grand merci à
Georges MAISONNEUVE  et à son neveu François LACOMERE pour leurs témoignages (texte et photos).

Pierre SALESSE

La maison du BOIS DE LA DOUGE fut édifiée par Pierre SALESSE en 1799 comme l'atteste la pierre au-dessus de la porte d'entrée. Ce Pierre SALESSE, né à Fontolive en 1759, lui-même fils de Pierre et de Jeanne SARRET, était marié à Catherine SABATIER et père de 7 enfants.
Il était le grand-père de Marie SALESSE qui épousa Jean MAISONNEUVE.

Ce lieu-dit se situe au cœur de l'Auvergne profonde, au-dessus du village de FONTOLIVE, commune du FALGOUX, dans la vallée du MARS, à l'entrée du cirque du FALGOUX dominé par le PUY MARY.

Habitant à Fontolive où il était né, Pierre SALESSE connaissait bien le chemin qui menait vers la Blatte et les Mayères. Enfant, il emmenait souvent ses chèvres par le raidillon qui menait vers le Roc du Merle et en Impramau. Plus tard, lorsqu'il menait, l'été, le char tiré par deux vaches, il s'arrêtait, après la rude côte venant de Fontolive, pour faire souffler son attelage, l'aiguillon posé sur le joug entre les deux mufles, sur ce petit redent, à l'embranchement des deux chemins, que l'on nommait le Bois de la Douge.

Et là il s'asseyait sur l'herbe, regardant le vaste paysage de la vallée du Mars: en face, le village de la Franconèche, vers la droite le Puy de la Tourte et plus loin le Puy Mary; à gauche, le bourg du Falgoux et dans le fond de la vallée le Mars courant vers la Suméne. Ne sachant ni lire ni écrire, n'ayant jamais quitté les hautes terres du cirque du Falgoux, il ne pouvait rêver que ces eaux nées au pied du Puy Mary iraient rejoindre la Dordogne et paresser dans les grandes plaines aquitaines. Le paysage lui suffisait et il se promit qu'un jour cette terre serait sienne et qu'il y bâtirait sa maison. Oh certes ! L'hiver y serait rude sur cette pente exposée au nord, à plus de 1.000 mètres d'altitude, en faisant la maison la plus haute de la vallée sur ce versant, mais la situation, liée à la présence d'une source dans une petite dépression tout à coté, ne faisait que renforcer sa détermination.

1799 ! Le rêve s'est réalisé. La maison est construite sur le modèle auvergnat. Orientée sud-nord (ouverture au sud et réserve au nord), les murs de basalte ont 1,20 mètre d'épaisseur. Le toit est couvert de lauzes. Les ouvertures, sur la face nord, sont réduites : une porte de 1,80 mètre de haut et une fenêtre donnant sur l'étable. Sur le toit, une ouverture pour rentrer le foin. En bas une grande pièce d'environ 6 mètres sur 6 avec le cantou imposant à l'est. A l'ouest, l'étable. Au-dessus la grange à foin.

Lorsqu'il emménage, Pierre a 4 enfants : Jeanne 10 ans, Catherine 7 ans, Jacques 4 ans et Augustin 2 ans. Trois enfants vont naître : François en 1800, Jean-Baptiste en 1804 et enfin Jean en 1808.

A la mort de Pierre SALESSE, c'est son fils ainé JACQUES qui hérita de la maison.

De son mariage avec Marie RANCILHAC, il eut six enfants : trois moururent en bas âge, trois furent élevés à La Douge : Gobert né en 1827,  Marie née en 1832 et Toinette née en 1836. JACQUES décédait le 12 mai 1837 et son épouse Marie le 23 avril 1844.
L'ainé Gobert avait 17 ans, Marie 12 ans et Toinette 8 ans.

Lorsque MARIE épousa le 18 novembre 1851 JEAN MAISONNEUVE, elle avait 19 ans et était orpheline de père et de mère.
Après ce mariage, Marie suivit son mari à Paris où elle devait décéder en 1863.

Qu'advint-il de cette maison pendant les 28 années suivantes ? Fut-elle habitée par des SALESSE ?


Jean MAISONNEUVE

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Jean MAISONNEUVE est né le samedi 23 août 1823 au village de la Peubrelie, commune du Falgoux. Il était le quatrième enfant d'Antoine et de Jeanne CHABRIER.
Il passa sa jeunesse au Falgoux et « monta » à Paris vers l'âge de vingt ans pour rejoindre son frère Philippe – son aîné de 9 ans- "ferrailleur" dans la Capitale. Il ne savait ni lire ni écrire. Au moment de son mariage, en 1851, à 27 ans, il étaitdomicilié au 45, rue de Lappes en plein cœur du quartier auvergnatde Paris, dans le 11e arrondissement actuel.

Il se maria au Falgoux le 18 novembre 1851, au village du Rouffier où demeurait son père, avec Marie SALESSE du village de Fontolive.
De ce mariage il eut cinq enfants  :  Marie Jeanne, née au Falgoux le 14 juin 1854 ; Jeanne Eugènie née à Paris en juillet 1857; Antoine Jules, né à Paris le 1er juin 1859; Eugène Hubert né à Paris en 1861 ;Charles Jacques né à Paris le 4 février 1863.
C'est en donnant naissance à ce dernier garçon que Marie SALESSE devait décéder.

Jean exerça la profession de fondeur de métaux. Après la mort de sa femme – il avait alors 40 ans - Jean se remaria avec Marie Antoinette RAOUX.
En septembre 1870, Jean habitait au 6 du passage Thierré, en plein quartier de la Roquette, à deux pas de la place de la Bastille, dans Paris intra-muros. Il fut donc affecté par le siège des prussiens et dut connaître les restrictions alimentaires ainsi que les troubles de la Commune qui suivirent la fin du siège (28 janvier1871) et le départ des régiments de l'Empire Germaniques qui campaient aux Tuileries (18 mars 1871). Agé de 47 ans, il ne fut donc pas affecté par la Loi du 10 août 1870 qui mobilisait les parisiens âgés de 25 à 35 ans dans la Garde Nationale. Il en fut de même pour son fils aîné Antoine Jules qui n'avait que 11 ans.

Jean devait décéder en 1896 à Paris chez sa fille Marie à l'âge de 73ans. Il a été inhumé au cimetière du Père Lachaise, dans le caveau de la famille DOYOTTE.

Jean MAISONNEUVE ne semble pas avoir occupé la maison de la Douge puisqu'il se retira chez sa fille Marie DOYOTTE à Paris où il mourut en 1896.

Par actes en date des 24 avril et 4 mai 1891, Jean MAISONNEUVE et son fils CHARLES cèdent leurs parts de la succession de Marie SALESSE à Antoine JULES et Marie DOYOTTE pour une somme de 2 000 francs (1000 francs  chacun).
Par acte en date du 13 mars 1903, Marie DOYOTTE cède à son frère Antoine JULES ses droits sur la maison de La Douge pour une somme de 3 000 francs.

Qu'en fut-il des héritiers SALESSE, frères et sœurs de Marie ? Furent-ils dédommagés ? Y eut-il litige ? Toujours est-il qu'à partir de 1902-1903, la maison du Bois de La Douge semble avoir appartenu en toute propriété à Antoine JULES qui vient y passer ses vacances.

Jules MAISONNEUVE

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Jules MAISONNEUVE est né à PARIS le 1er juin 1859 dans le quartier de la Bastille.

Troisième enfant du couple, Jules n’avait pas encore quatre ans lorsque sa mère décédait en mettant au monde son cinquième enfant. Son père décidait alors de le ramener à Fontolive où il resta jusqu’à l’âge de sept ans. De retour à Paris,il ne savait ni lire ni écrire et ne parlait que le patois. Il fréquenta l’école primaire du quartier de la Roquette
Dés l'âge de douze ans, il commença à accompagner son père chez les clients. C'est ainsi qu'il fut remarqué par Madame FINOT dont le mari gérait une ferblanterie au 51, boulevard Richard-Lenoir.Ceux-ci lui proposèrent de le prendre en apprentissage. Ces gens furent pour lui une seconde famille. Il y resta jusqu'à son départ pour le service militaire qu'il fit dans les chasseurs à pieds.

A son retour du service militaire,il reprit son travail dans la même fabrique, comme représentant. Il y était fort apprécié et y resta jusqu’à son mariage en 1885 avec Marthe Augustine DULAC. Il exploita alors un magasin d’articles de ménage dans le 19ème arrondissement.

Sa sœur aînée, Marie, qui avait épousé en août 1875 Claude DOYOTTE, lui céda un magasin d'articles de ménage, situé 32 rue de Flandre dans le 19é arrondissement. C'est là que naquirent leurs deux premiers enfants : Marcel Jean le 30 avril 1886 et Emile Marcel le 6 septembre 1887. Marcel Jean devait décéder, le 12 septembre1886.

Quelque temps plus tard, Jules fut contacté par son ancien employeur. En effet, celui-ci qui avait pris sa retraite, avait confié la direction de sa fabrique à son fils. Or ce fils était un incapable , et la fabrique était à vendre. Avec l'aide de deux amis qu'il avait connus au service militaire, mais surtout avec l'aide de sa belle-mère qui était veuve et lui prêta tout ce qu'elle possédait, il reprit cette entreprise qui devint les Etablissements MAISONNEUVE, manufacture d'articles métalliques.

Trois nouveaux garçons naquirent au 51, boulevard Richard-Lenoir : Charles Laurent le 30 mars 1890, Louis René le 19 octobre 1891 et Georges Cyprien le 5 septembre 1894. Puis une fille neuf ans plus tard :Marguerite Berthe Marie le 23 août 1903.

Auvergnat pur sang, JULES MAISONNEUVE était de taille moyenne : 1m 69, trapu, brun, Il avait une force de caractère peu commune et une forte volonté. Respecté et craint, il n'en était pas moins aimé de son personnel.

A partir des années quatre vingt-dix, les Etablissements MAISONNEUVE connurent une certaine prospérité.


Dès 1908 il revint passer ses vacances dans la maison SALESSE du Bois de la Douge qu’il avait héritée de sa mère, maison édifiée par Pierre SALESSE en 1799.

En 1907 (actes en date du 20 septembre), Antoine JULES acquièrt divers terrains alentours :

- Le Couderc             196m2                          - La Blatte                      460 m2

- Del Peyroux           284m2                          - Lissant                      3.130 m2

- Un pré                     446m2                         - Pâture Del Peyroux  1.680 m2

Il fait faire quelques travaux : aménagement de la petite pièce du rez-de-chaussée, ouverture d'une seconde fenêtre à I'étage.

Enfin, le10 juin 1919 furent achetés 772 m2 du pré du Pas de Peyroux aux époux BERGER.

Peu après, le terrain de la grange ainsi que le jardin de Fontolive furent acquis en échange du pré au Suc de Saignes.

Au cours de la guerre de 1914 il devait perdre deux de ses fils, René et Georges, tués à l’ennemi.

C'est en 1920 que furent entrepris les travaux d'agrandissement de la maison. Celle-ci fut dotée de deux tourelles et d'une  terrasse, ce qui lui donna des allures de petit « château ».

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Lors des élections municipales des 3 et 10 mai 1925, Jules MAISONNEUVE présentait une liste qui fut élue. Le conseil municipal du 15 mai 1925 le nommait maire du Falgoux, Antoine VIZET étant son adjoint et Pierre FABRE, René LAVERGNE, Auguste YTHIER, Eugène CHAMBON, Antoine MAISONNEUVE, Pierre ESCURE, Félix CHAMBON, Léon MAISONNEUVE, Jacques ALBESSARD et François CHEYVIALLE étant membres. 

C’est au cours de cette mandature que furent décidées entre autre :

  • La création d’un Syndicat Intercommunal pour l’électricité dans la vallée et l’installation de celle-ci pour 140.000 francs avec « Energie Industrielle » (conseils municipaux des 24 mai et 24 juin 1925) ;
    L’arrivée de l’électricité dans la vallée du Mars représentait à l’époque un fait remarquable si l’on songe que la plupart des communes rurales françaises ne furent électrifiées qu’au cours des années cinquante.

  • La construction d’une nouvelle mairie - bureau de Poste sur la « vieille place » (conseil municipal du 15 octobre 1925).
    Celle-ci fut inaugurée le 4 novembre 1928.

  • L’installation de nombreux lavoirs et bornes-fontaines tant au bourg que dans lesvillages, dont la fontaine devant l'église ;

  • La création d’une commission de la forêt pour la coupe des lots dans la forêt domaniale

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Antoine JULES, accompagné de sa femme et de sa fille Marguerite, passa tous ses étés au Falgoux. Il y mourut en 1933.  
Sa femme perpétua cette habitude jusqu'à sa mort survenue au Bois de la Douge en 1944.
Leur fils MARCEL, sa femme et ses deux enfants y passèrent également leurs vacances d'été à partir de 1932. Il y mourut en 1956.
Sa fille Odette avec sa famille continua cette tradition. 

Toutefois, l'éloignement de PARIS et les difficultés d'accès rendant bien difficile d'y venir pour un week-end, l'absence de son fils  Georges alors en poste à Madagascar, une préférence de sa femme Alice pour sa Normandie, des difficultés financières pour son frère Charles (qui, parisien dans I'âme, n'a jamais apprécié le calme bucolique de La Douge !) enfin l'impossibilité de sa sœur Marguerite d'y vivre seule, firent que d'un commun accord il fut décidé de vendre la propriété du BOIS DE LA DOUGE en 1961.

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Celle-ci fut achetée par la ville de Niort qui en fit une colonie de vacances et transforma entièrement la maison.

M. et Mme Ayrault sont les propriétaires depuis 1990 environ.