Les reinages au Falgoux au XIXème siècle
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Avant tout, une petite définition s’impose :  Qu’est-ce qu’un REINAGE ?

Ce mot ne figure pas dans les dictionnaires.
On le trouve dans le Dictionnaire Provencal Français par Frédéric Mistral.
Le REINAGE
serait « une sorte de mise aux enchères au cours d’une fête religieuse annuelle et l’adjudication au plus offrant, de droits et de titres divers, notamment de la dignité de Roi et de Reine ».
C’est une institution mi-religieuse mi-laïque. Dans le Cantal, le REINAGE a quelquefois pris le sens de fête paroissiale, sans allusion à l’acquisition d’un titre.

Qu’est-ce qu’un CONSEIL DE FABRIQUE ?

C’était autrefois une assemblée qui gérait les finances paroissiales. Elle était composée de douze « fabriciens » qui délibéraient sur la direction des affaires de la paroisse. Ce groupe de notables de la paroisse avait à sa tête un président, un secrétaire, un trésorier (appelés les « Marguilliers ») et des membres parmi lesquels le maire et le recteur étaient membres de droit. Les membres ordinaires étaient nommés par le préfet et l’évêque.
Les revenus étaient de deux ordres : les rentes assurées par les particuliers, nobles et bourgeois qui versaient régulièrement des dons importants et les recettes extraordinaires constituées d’offrandes. Les charges concernaient les dépenses de fonctionnement et les dépenses d’entretien.

La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 mit fin à ces conseils de fabrique.
JP. VERGER a retrouvé dans le presbytère du Falgoux le registre des reinages de la paroisse du Falgoux de 1837 à 1862 (manquent ceux de 1851 à 1861) ainsi que le registre des comptes du Conseil de fabrique de l’église succursale du Falgoux.
L’article ci-dessous est paru dans la revue « De branche en branche » (SAGHA).

LES DIFFERENTS REINAGES DU FALGOUX

Huit reinages se succédaient annuellement de la fin de l’hiver au début de l’automne.
Le premier de l’année était le reinage de St Antoine, suivi par celui de St Fabien. Début mai avait lieu celui du Saint-Sacrement et le 24 juin, l’été, était fêté par le reinage de la St Jean. Puis, début août, le patron de la paroisse St Germain était à l’honneur.

La Vierge Marie avait deux reinages à son intention : celui de l’Assomption (15 août) et celui de Notre Dame du Rosaire qui était le dernier de l’année (15 octobre).
Entre ces deux reinages, avait lieu celui de l’exaltation de la Sainte Croix, le 14 septembre.

PERSONNAGES ET FONCTIONS DES REINAGES

ll y a peu de variations de personnages et de fonctions, à chaque reinage, on retrouve pratiquement toujours les mêmes.

On distingue :

  • des personnages honorifiques
    Le roi ou la reine (pour les fêtes consacrées à la Vierge), l’évêque, les officiers (nommés lieutenant ou lieutenante), les dames d’honneur.

  • des personnages affectés à des fonctions : Le porte-enseigne, les porte-bannières avec leurs porte-cordons.
    Notre Dame et St Germain avaient chacun deux bannières, l’une « vieille » et l’autre « neuve ».

  • Il y avait aussi les porte-statues et le porte-croix (qui était souvent le prêtre).

A la fête de Notre Dame participait aussi une confrérie composée d’hommes et de femmes.
Au reinage de St Antoine, ce sont surtout les prénommés « Antoine » ou « Antoinette » qui participaient aux fonctions et personnages.

LES RECETTES DES REINAGES

Les différents personnages et fonctions étaient attribués aux plus offrants. On ne connaît pas les modalités de l’attribution.
Les fonctions les plus recherchées étaient le personnage du Roi ou de la Reine et les porte-enseignes (surtout les « neuves »).
Les prix restaient modestes, ils n’ont jamais dépassé 4,50 francs.
Les produits de la vente allaient à la recette des comptes de la fabrique de la paroisse.

Jusqu’en 1840, le revenu annuel des reinages étaient environ de 100 francs, soit le septième du budget de la fabrique. A partir de 1840, on constate une baisse rapide des revenus obtenus par l’adjudication des fonctions. Cette baisse est liée au non pourvoiement de tous les postes, soit par désaffection, soit par diminution du nombre des paroissiens du fait de l’augmentation de l’émigration.

Ainsi, le 24 avril 1851 (dimanche de Quasimodo), le conseil de fabrique va supprimer les reinages attachés aux fêtes de la Saint Jean et de l’Exaltation de la Sainte-Croix, expliquant sa décision par le fait « qu’il y avait trop de fêtes avec ces reinages dans l’année et que l’une nuisait à l’autre ».
Cela n’empêchera pas la baisse continuelle des recettes et en 1860, le revenu annuel des reinages n’est plus que de 34 francs, soit près du quart de celui de 1837.
Ainsi, cette tradition va progressivement tomber en désuétude et disparaître. Toutefois, par la tradition orale, il semble qu’il y ait eu des reinages au début du XXème siècle.
Après la guerre 1914-1918 et jusqu’aux années 1970, ont persisté, vestiges des reinages, les processions qui avaient lieu pendant les Rogations, au mois de mai tous les ans.
Actuellement, comme survivance de ces traditions, il ne persiste plus que la fête communale qui a lieu le jour de la Saint Germain, patron de l’église du Falgoux, le 1er dimanche d’août.

Ci-dessous deux photos de processions au début du XXème siècle au Falgoux.
Ces photos ont été transmises par Monsieur Eugéne FABRE.


Outre les tenues "endimanchées" des paroissiens et paroissiennes, on distingue les porte-bannières.