Les routes et les chemins
Zoom sur la vallée > St Vincent de Salers

Dans son livre « contes et légendes de St Vincent de Salers, Jean-François MAURY nous décrit le rôle des chemins qui reliaient Saint-Vincent au reste de la vallée :

Les chemins n’étaient pas conçus pour être des routes, mais pour relier chaque ferme. Les maisons étaient au plus près des chemins et le devant de porte privatif était inconnu.
Jeantou FAUCHER souligne que le passage par la route actuelle, ouverte en 1873, n’existait pas. La charrièra vièlha, la «vieille route », dite « chemin de Mauriac à St Vincent », sur les plans cadastraux, venait de Mauriac par Anglards et passait par Lafarge. Là, elle recevait un autre chemin venant de Roche et du Moulin d’En Cabre (dit moulin de Chanterelle actuellement). Elle passait ensuite par le Coudonnier, après avoir traversé le Mars par un gué à l’emplacement du pont de Neuchamp. Du Coudonnier,cet ancien chemin reliait directement le village en dessous de l’église et du château et traversait le bourg pour aller de Saint Vincent au Vaulmier par devant l’ort de la Boissonta, devant la « maison Chaulet » : c’est le sentier de randonnée actuel qui traverse le Riou Nar (la cascade) puis prenait la direction du Vaulmier, via le Bancharel, par derrière Clavière et par la croix de Maganeuil.

Dans l’article écrit par Jack ROGER (revue « les amis de Saint-Vincent), nous pouvons découvrir les difficultés rencontrées pour construire les routes que nous parcourons aujourd’hui en voiture.
Pour celui qui découvre la vallée, il peut paraître extraordinaire que la route départementale, qui suit le profil en long de cette vallée, ait été l’un des derniers parcours à être tracés.

Les plus anciens chemins connus sont :

  • Le chemin de Saint Vincent au Vaulmier par le Bancharel qui empruntait un parcours au-dessus de Clavières.
  • Le chemin de Saint-Vincent à Trizac par Orfaguet qui donnait accès au plateau côté Est.
  • Le chemin de Saint-Vincent à Anglards par le pont du Couderc (pont Henri IV).
  • Le chemin de Saint-Vincent à Salers par le pont des Barts.

L’entretien de ces chemins était l’un des soucis majeurs de la commune car ils étaient tous en pente, exposés au ravinement.
Chaque année, ce sujet faisait l’objet d’une délibération du conseil municipal qui fixait l’urgence des travaux à effectuer et les conditions (prestations et impôts) de leur réalisation.
Ainsi, par exemple, le 28 mai 1848 est pris l’arrêté suivant :

Article 1 : Tout habitant, chef de famille ou d’établissement, à titre de propriétaire, de régisseur, de fermier ou de colon partiaire, porté au rôle des contributions directes, sera tenu de fournir une prestation de deux jours.

Pour la personne et pour chaque individu mâle valide, âgé de 18 ans au moins et de 60 ans au plus, membre ou serviteur de la famille et résidant dans la commune.
Pour chacune des charrettes ou voitures attelées, et en outre pour chacune des bêtes de somme, de trait, de selle, au servicede la famille ou de l’établissement.

Article 2 : Il est en même temps voté, pour pourvoir aux réparations des chemins vivinaux concurremment avec les prestations en nature,deux centimes spéciaux en addition des 4 contributions directes.Article 3 : La prestation pourra être acquittée en nature ou en argent, au gré du contribuable et suivant le taux de conversion arrêté par le conseil général. »

Ces travaux étaient anciennement surveillés par un conseiller. Ce n’est qu’en mai 1847 que l’on voit apparaître le 1er cantonnier rétribué par la commune.
C’est le 10 mai 1855 que, pour la première fois est évoquée la construction de la route de la vallée :

Considérant que le chemin du Falgoux, passant par le Vaulmier et Saint-Vincent, et se rendant à Anglards est la seule voie qui permette à ces communes d’écouler leurs produits, enfermées qu’elles sont entre des montagnes d’un accès difficile en tout temps, et impossible en hiver; la commune demande que le chemin soit prolongé, toujours par la rive droite de la vallée, jusqu’au village de Vendes, commune de Bassignac,où il aboutirait à la route impériale n° 122.

La réalisation sera longue et sujette à querelles. En effet, si les communes de la vallée sont intéressées par cette route, la commune d’Anglards qui apparaît à partir des Aldières ne voit guère son intérêt à engager de grosses dépenses sur ce chemin. Il faudra plusieurs rappels à l’ordre et toute l’autorité du Préfet pour que les travaux avancent.

Suivons le déroulement :

  • 10/02/1856 : La quote-part de la commune dans les frais d’étude est de 42 francs et 50 centimes.
  • 13/05/1860 : Requête auprès du préfet, Anglards n’ayant pas commençé les travaux.
  • Mars 1861 : Ouverture du chemin à Champ-Long.
  • 11/08/1861 : Ouverture entre Bagnac et La Prade.
  • 02/07/1865 : Ouverture de Malprade aux Aldières.
  • 1873 : Fin des travaux.Il aura fallut 8 ans pour que cette route s’ouvre.

Il aura fallut 8 ans pour que cette route s’ouvre.

Le réseau des chemins continuera à s’étoffer :

  • 1874 : Ouverture du chemin de Colture à Moussages en passant par Labro.
  • 1962 : Route reliant Condamine à Moussages
  • 1966 : Route reliant Condamine à Laborie
  • 1967 : Route de Laborie à Lestrade
  • 1973 : première évocation des pistes pastorales de Lestrade au Falgoux par le col d’Aulac.
  • 1974 : Nouvelle route reliant le Bancharel au CD 12.

L’étude du plan cadastral Napoléonien établit en 1809 est riche d’informations :
En premier lieu, voici la photo de ce plan cadastral de St Vincent trouvé aux Archives Départementales :

Plan cadastral St Vincent

Ci-dessous, vous avez accès à ce même plan réalisé manuellement par Jean-François MAURY et sur lequel j'ai apporté des commentaires et des précisions afin de mieux vous orienter.

  • Situation de certains bâtiments (église, château...)
  • J'ai rajouté en rouge (approximativement) la route qui traverse le village aujourd'hui et qui n'existait pas en 1809.
  • Indication des anciens chemins qui sont mentionnés dans le texte ci-dessus, et qui sont aujourd’hui, des chemins de randonnée.

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JF. Maury a récolté des témoignages et précisé les noms des familles tels que la mémoire collective les a retenus vers 1900.
(Voir tableau ci-dessous
) :

nom des famillesIl est intéressant de noter les professions relevées par JF Maury :

sautièr
(sabotier), tissèire (tisserand), pelhaire (chiffonnier), sartre (tailleur),vachèira (vacher), Faure (forgeron), meneta ,sòrres (religieuses), Botiquon (il avait plusieurs boutiques), garda (garde champêtre), ou les surnoms comme Carago (gitan), Croton (crouton de pain), Revelhat (réveillé), Peire-Acha (hache : car menuisier) et les prénoms très abondants comme : Galvin (Gauvin Lafarge), Catinè(ta), Lègier (Léger), etc., qui soulignent combien il fallait différencier les personnes alors que les familles avaient beaucoup d'enfants.