Les secrets de la tradition orale
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Je vous invite à faire un voyage au cœur du Cantal légendaire, au cœur des rites presque oubliés, des mystères de cette terre.

On comprend vite que le Cantal s’écoute autant qu’il se regarde.
Nous allons découvrir ces trésors d’un autre âge où se mêlent légendes, croyances, superstitions et pratiques anciennes. Un univers insolite, un monde caché de formules où se confondent parfois français, latin et patois. Nous allons renouer le fil des veillées de nos ancêtres et, lentement, semblant venir de loin, du tréfonds de la mémoire se distinguent des voix, comme des murmures.....

Le CANTAL est peuplé d’hommes et de femmes, de bêtes et de plantes mais aussi d’êtres fabuleux.
Qu’ils soient maléfiques ,farceurs ou qu’ils portent bonheur, ils hantent nos mémoires.


On ne peut commencer, sans faire allusion au «lou Dra».
Le Dra ou Drac était le vrai maître des étables. Il avait sa retraite loin des villes, près des bosquets, au bord des fontaines.
La nuit, il sortait de sa cachette et courait comme un écervelé d’un village à un autre cherchant quelque bon tour à jouer.

«Lou devinaire»
, le devin, le guérisseur était souvent une vieille personne. Les dons se transmettaient de père enfils. Ils usaient de mots obscurs et inintelligibles pour prédire ou guérir et ils étaient considérés.
Ils avaient plus de pouvoirque la science (la médecine était onéreuse et les vétérinaires rares).
Ils connaissaient le secret des plantes et de la lune, des bêtes et des pierres.
Cette médecine « populaire » n’était pas sans danger.
On attachait aussi beaucoup d’importance au mauvais œil, aux sorts jetés sur les bêtes, les semences, les gens.

Les fées, elles, étaient censées envouter les gens.
Il y a 200 ans, personne dans les campagnes ne se fût avisé de douter de la puissance de ces esprits surnaturels qui hantaient les cavernes profondes ou les grottes. Les fées disposaient d’un pouvoir étendu.
Sous la cité de Cotteughes, dans le bois de Marilhou , s’étend un petit terrain plat appelé « le champ des Demoiselles ».
« Lais fades », (les fées) qui hantent ce lieu ont l’aspect séduisant de jeunes filles gracieuses, mais ce sont en réalité des créatures malfaisantes et malignes. Nul n’a jamais pu saisir leur corps vaporeux qui se dissout à mesure que l’on approche pour prendre de multiples apparences.
Les fées tiennent conseil en présence d’un envoyé du démon. Suivent des danses échevelées qui ne cessent qu’à l’aube.
Une nuit, un jeune pâtre de Trizac, revenant du Suc de Rond, surprend les ébats des fées de Cotteughes. Brûlant d’amour, il va vers la plus belle. Elle se jette alors sur lui, mutilant son visage. Il en mourra.

La tradition orale nous rapporte les méfaits des loups.
Ces animaux décimaient les troupeaux, la nuit. Leurs hurlements effrayaient le bétail qui s’enfuyait dans les pâtures. Ils s’attaquaientalors aux vaches isolées.

LES LOUPS, DANS LA VALLEE DU MARS
Extrait des souvenirs d’Henriette FAUX (Le Falgoux)

Pour protéger les moutons du loup, les bergers avaient de bons chiens avec des colliers munis de piquants car on sait que le loup attaque à la gorge. Dans la montagne, durant l’été, le berger disposait d’un abri rustique que l’on appelait « carosse », cabane de bois montée sur deux roues,munie d’un timon pour la déplacer, une porte, une ouverture « fenestrou » pour donner du jour et surveiller l’extérieur ou s’abriter en cas de pluie, y dormir sur une couchette rudimentaire et mettre aussi à l’abri vêtements et nourriture.

Un évènement eut lieu à Fontolive, où vivaient maintes familles disposant de facilités offertes par la proximité des communaux. Chèvres et moutonspouvaient y pacager et les habitants y trouvaient le bois de chauffage. Mais ils craignaient un voisinage inquiétant : celui des loups. Un piège avait été aménagé. On trouve des traces de ce piège au lieu-dit « la Blatte » au dessus de la Douge. On y voit encore les pierres avec les encoches taillées pour maintenir la barre de la porte à bascule. Le loup s’y trouvait prisonnier dans la fosse quand il y tombait....

On raconte qu’un gamin de 6 ou 7 ans, sorti le soir pour un petit besoin, ne rentra pas à la maison. Les parents et voisins alertés le cherchèrent en vain.Ce n’est que le lendemain que ses vêtements furent retrouvés déchiquetés de l’autre côté du ruisseau. Ce ne pouvait être que l’œuvre de plusieurs loups.....

Au bois Mary, deux bucherons avaient tombé un sapin au bord de la route... Alors qu’ils s’affairaient à couper les branches, l’un deux vit arriver de la montagne ce qui paraissait être un chien maigre. Sans lâcher leurs outils tranchants et retenant leur souffle cachés dans les branches, ils virent passer l’animal... C’était un loup.

Un domestique de ferme de Lajarrige, piégeur et un peu braconnier entendit un soir à la veillée la plainte d’un animal venant du bord de la rivière. Comme il avaittendu un piège sous un rocher, il s’y rendit et se trouva en résence d’un loup pris à la patte et qui bondit vers lui. La chaîne retenant le piège était solide etl’animal perdit la vie sous les coups du « fessou » entre les mains de l’homme...



De nombreux témoignages nous parviennent de nos anciens et selon eux, les loups disparurent lors du tracé de la route qui monte au Puy Mary, à travers la forêt,les tirs des mines les auraient effrayés.....